Comme annoncé page 8 dans Arc en Ciel 93 de septembre 2025, nous vous livrons l’intégralité de l’entretien avec Christine concernant ses 30 années au service de la Paroisse, au moment de son départ en retraite.
La première année de caté de Christine qui fut décisive pour son avenir
Qui es-tu ?
Je suis native du Bois d’Oingt et j’y habite. J’ai vécu mon enfance à St Laurent au garage créé par mes parents (garage des Plaines en direction de Ternand) jusqu’en 1990. Je suis née avec un handicap qui s’appelle spina-bifida. Je suis célibataire.
Comment es-tu devenue LME ? (Une personne Laïque En Mission Ecclésiale, c’est-à-dire en mission dans l’Eglise)
« Au départ rien ne me prédestinait à ça, mais alors absolument rien. En septembre 1992 à la sortie d’une messe, Marie-Christine Delbaere, permanente en catéchèse (premier nom des animateurs en pastorale), m’a proposé d’animer un groupe de caté de dix filles car elle manquait de bénévoles. Je lui ai répondu spontanément : « s’il y a quelqu’un qui ne peut pas animer un groupe de caté, c’est bien moi. J’avais 2 bonnes raisons : je n’étais pas à l’aise avec les enfants à cause de mon handicap. A l’époque je marchais mais en me déhanchant beaucoup, ce qui intriguait les enfants que je croisais qui pouvaient être blessants. Et puis, leur annoncer la Parole de Dieu alors que j’étais souvent heurtée par bien des passages de la Bible, certains m’angoissaient même ! Et les homélies ne m’aidaient pas beaucoup à mieux comprendre ! Non, décidément ce n’était pas pour moi ! C’était compter sans la persévérance de Marie-Christine qui m’a dit : « écoute, essaie, je reste avec toi la 1ère fois et si vraiment tu me dis que c’est horrible pour toi, je n’insisterai pas ». Et là, dès la première rencontre il s’est passé quelque chose, je n’en connais toujours pas la nature ! Une révélation totale. La rencontre a été très bien tout de suite, le contact s’est créé avec les enfants et j’ai vraiment ressenti une profonde joie. A la fin de la rencontre, j’ai dit à Marie-Christine que ce n’était pas la peine qu’elle vienne la prochaine fois, car je me sentais à l’aise. J’ai donc continué à animer ce groupe de caté. A la fin de l’année Marie-Christine est venue me voir avec le père Paul Reynaud, curé de la paroisse, en me disant : « dans un an je pars, nous avons pensé à toi pour rentrer en formation, nous pensons que tu es apte pour le poste.» J’ai accepté de faire la formation, comme un nouveau défi, en me disant que je verrai ensuite si ça me correspondait. Je suis donc partie en formation au SEDIF (Service Diocésain de Formation) deux jours par semaine pendant 2 ans, en compagnie de Marie-Hélène Chardon qui souhaitait aussi se former en vue d’une responsabilité en catéchèse. Cette formation était très pointue, très complète et exigeante. La première année consistait à déconstruire notre foi personnelle ce qui peut paraitre effrayant et la seconde année à la reconstruire sur des bases solides : il s’agissait de nous faire vivre une véritable conversion et je peux dire que c’est grâce à cette formation que ceux qui l’ont vécu y compris avec moi ces années-là ont pu tenir si longtemps dans la mission qui n’est pas un long fleuve tranquille. Une formation que l’on devrait conseiller à chaque croyant mais c’est bien sûr impossible ; on ne fait plus hélas de formation comme ça aujourd’hui.
Qu’est ce qui t’a le plus marqué dans cette formation ?
Sans conteste les cours d’exégèse biblique. Tous les problèmes que je rencontrais avec la lecture de la Bible se sont dissipés, tout s’est éclairé grâce aux clés de lecture données par notre professeure, Odile Joseph qui transmettait son savoir avec passion. Je me suis ensuite attachée à diffuser à mon tour avec enthousiasme la Parole telle qu’elle s’était révélée à moi par cette formation, tant auprès des enfants du caté que des adultes que j’avais l’occasion de rencontrer dans ma mission. Odile Joseph nous disait que les découvertes sur la Bible n’étaient jamais terminées et qu’il ne fallait jamais cesser de se former. C’est pourquoi j’ai poursuivi ma formation biblique tous les ans jusqu’à ce jour.
Parle-nous de ta mission dans la paroisse :
Embauchée par le diocèse avec une lettre de mission délivrée par l’évêque pour 3 ans renouvelables, j’ai pris mes fonctions en septembre 1995 avec un nouveau parcours de caté « Trésors de la Foi. » Ma collègue Marie-Hélène Chardon avait en charge la catéchèse des CE1-CE2, j’avais celle des CM1-CM2. Cela représentait un mi-temps pour chacune d’entre nous, car il n’y avait pas encore d’informatique pour faciliter toute la partie administrative de notre mission : invitations, enveloppes, courriers, documents divers pour les réunions… et il y avait beaucoup plus d’enfants au caté que maintenant. En 2002 Marie-Hélène a été nommée à Belleville et j’ai eu la responsabilité de la catéchèse des CE2. Nicole Jauffret s’occupait des CE1 qui était devenue une année de transition entre l’éveil à la foi et le caté.
Puis des parents d’enfants catéchisés souhaitant avoir une initiation biblique, m’ont demandé de créer un groupe en 2005. La formation biblique a donc été rajoutée à ma lettre de mission. Ce groupe existe toujours (avec d’autres personnes !) et un autre a été créée en 2015.
En 2003 le père Jo Dupré m’a demandé d’animer une formation pour les paroissiens avec Catherine Fleury, une paroissienne qui était vétérinaire mais qui avait fait des études de théologie. Une trentaine de paroissiens en bénéficiait entre le groupe de l’après-midi et celui du soir, une fois par mois. Cette aventure a duré 3 ans, jusqu’à la maladie de Catherine qui l’a malheureusement emportée trop tôt.
Avec l’arrivée des moyens informatiques, la gestion administrative prenait moins de temps, le diocèse m’a confié en 2009 l’accompagnement de Sandra une catéchumène adulte qui demandait le baptême puis de Stéphane qui se préparait à la confirmation. A l’époque les catéchumènes n’étaient pas nombreux, souvent un seul par an et encore pas tous les ans. Là encore une révélation ! Et je suis devenue répondante en catéchuménat. Ce rôle consistait à accueillir les adultes demandant un sacrement, à leur trouver un accompagnateur parmi les paroissiens et à organiser des assemblées catéchuménales. Depuis les nouvelles orientations de 2023 il n’y a plus d’accompagnateurs individuels mais des fraternités catéchuménales. Depuis 2022, tout s’est accéléré, les demandes d’adultes arrivent désormais par dizaines !!
Ta mission a donc évolué ?
Oui beaucoup, elle s’est pas mal diversifiée avec le temps. Au départ les animatrices en pastorale étaient co-responsables de la catéchèse avec le curé, et ce jusqu’en 2002. Ma collaboration avec le regretté père Jo Dupré durant 9 ans était placée sous ce signe de la co-responsabilité. Il n’avait aucun souci avec cela et j’ai pu vivre jusqu’au bout ma mission grâce aux fruits de cette collaboration. Puis les animateurs en pastorale ont changé de statut : désormais SOUS la responsabilité du curé et ont changé de nom : laïc en mission ecclésiale. J’ai toujours regretté ce changement de nom, moins explicite pour les gens et surtout l’étymologie de l’animateur c’est « celui qui donne de la vie et de l’âme. » Ce qui correspond bien à la mission.
L’évolution de la catéchèse et le nombre des enfants catéchisés continuant de diminuer partout en France, il a fallu s’adapter : de nouveaux parcours sont apparus en 2007 et à partir de 2018 il n’était plus possible d’organiser des groupes par niveau scolaire dans la paroisse. Il est aussi devenu très difficile de trouver des catéchistes bénévoles qui souhaitaient s’engager chaque semaine et sur le long terme. Le caté hebdomadaire est donc devenu mensuel et j’ai fait le pari d’une catéchèse intergénérationnelle, c’est-à-dire que les parents étaient invités à rester et bénéficiaient d’un partage biblique adapté aux adultes. Suite à cette expérience un nouveau groupe biblique s’est créé avec des parents qui souhaitaient continuer lorsque leurs enfants entraient au collège. Tous ces groupes sont devenus avec le temps des fraternités de lecture biblique.
Au départ ma mission principale était d’accompagner les animatrices et animateurs bénévoles du caté, environ une trentaine les 1ères années quand les enfants étaient nombreux, d’animer toutes les réunions nécessaires au bon fonctionnement du caté sans oublier les temps forts (des journées à thème) et bien sûr la préparation aux sacrements (premières communions.) Plusieurs catéchistes se sont liées d’amitié et continuent de se rencontrer et de s’entraider quand il le faut, comme en fraternité.
Tout au long de ma mission, je n’ai pas travaillé seule.
Tout d’abord, j’ai collaboré avec plusieurs curés successivement : Jo Dupré, François Chaize et Joël Tapsoba.
En septembre 2009, Valérie Faré m’a rejoint en tant que LEME missionnée pour les baptêmes des petits, puis comme coordinatrice paroissiale, une nouvelle forme de mission créée en 2016, jusqu’à son envoi dans une autre paroisse en 2022. Ce fut une collaboration vraiment heureuse qui donne tout son sens à la phrase de l’Evangile de Luc, 10 ;1 « …il les envoya deux par deux… » Et durant un an j’ai aussi collaboré avec Stéphanie Haberer. Et bien sûr tous les bénévoles qui se sont engagés au caté, toutes les familles, les enfants, les catéchumènes. Sans eux, sans leur générosité, ma mission n’aurait eu aucun sens.
Des étapes marquantes ?
Impossible d’être exhaustive sur 30 ans ! Mais ce qui me vient spontanément :
Nous avons été la première paroisse à célébrer des premières communions au mois d’octobre pour marquer que le sacrement est le début et non la fin d’un processus de foi d’où le placement en début d’année scolaire plutôt qu’à la fin. Nous l’avons fait durant presque 20 ans mais hélas la période du COVID nous a ramenés au point de départ !
Le rassemblement « chrétiens 2000 » organisé par Mgr Billé en 2001 qui rassemblait tous les enfants du caté du diocèse, un grand moment festif et spirituel qu’aucun autre évêque n’a proposé par la suite !
La création du Festival des Saints pour célébrer la Toussaint joyeusement mais qu’on n’a pas pu pérenniser faute de combattants organisateurs tout comme les Dimanche Autrement !
Des regrets ?
Pendant longtemps j’ai regretté de ne pas pouvoir être bibliste, le fait de ne pas avoir le baccalauréat ne me l’a pas permis (l’inclusion du handicap au lycée n’était pas la même qu’aujourd’hui dans les années 80 !) alors que j’ai validé des examens de niveau universitaire. Mais je n’ai plus ce regret : je préfère être « serrurier » ! Car ma méthode c’est de donner des clés de lecture aux personnes et ce sont eux qui ouvrent les portes et c’est très bien ainsi !
Plus largement je regrette que l’Eglise perde peu à peu confiance en l’intuition du concile Vatican II d’un dialogue ouvert avec le monde tel qu’il est, en mutation mais tellement fécond. Cette ouverture n’a certes pas disparu mis je vois ressurgir des craintes. Or l’expression « n’ayez pas peur ! » se trouve 366 fois dans la Bible. Un bibliste disait avec humour : « tous les jours le Seigneur nous dit « n’ayez pas peur » même les années bissextiles ! »
Qu’as-tu envie de nous dire pour conclure ?
En 30 ans, j’ai rencontré beaucoup de personnes, enfants et adultes. Il y a eu vraiment de belles rencontres avec des gens d’une richesse spirituelle insoupçonnée, y compris chez ceux qui se définissent eux-mêmes comme « non pratiquants » et dont la spiritualité pourrait faire tant de bien à l’Eglise s’ils osaient la partager et si nos communautés changeaient leur regard. J’en ai été le témoin privilégié toutes ces années.
Je rends grâce au Seigneur pour cela.
J’ai vécu une aventure vraiment fantastique. Je demeure baptisée, confirmée et paroissienne de St Vincent des Pierres Dorées et j’espère pouvoir vivre encore de belles choses différemment. Sinon je métiolerais…
Enfin pour terminer je voudrais transmettre ce que Monique Abadie, la directrice du SEDIF, a transmis aux étudiants que nous étions en 1994 :
« Ne soyez disciples QUE de Jésus-Christ » ce qui se révèlera prophétique compte tenu de tous les scandales qui seront découverts dans les années 2000 et qui ont quasi tous pour origine une idolâtrie et une sacralisation des personnes et « Gardez toujours la liberté des enfants de Dieu que vous donne l’Esprit Saint. »
C’est ce que je souhaite à chaque chrétien.
Propos recueillis auprès de Christine Couturier
Octobre 2008 : temps fort de 1ère communion à Jarnioux
Juin 2025 : Christine entourée par Sarah, Lydia et Anaïs baptisées à Pâques, le jour de leur Première Communion
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MESSE D'INSTALLATION DE JOËL TAPSOBA -19/09/21
Photos : S.Faré /G.Haberer
MESSE D'AU REVOIR A FRANCOIS CHAIZE - 05/09/21
Photos : M.Robin